Après quatre années à la tête de l’État italien, Giorgia Meloni, dont certains imaginaient qu’elle ne ferait pas long feu avec la coalition de la droite italienne composée de la Lega de Salvini, de Forza Italia d’Antonio Tajani et de Noi Moderati de Maurizio Lupi, est toujours au pouvoir.
1. Une victoire pyrrhique : la stabilité politique
Le gouvernement Meloni a dépassé les 1413 jours, devenant ainsi le gouvernement italien le plus durable de l’après-guerre. Dans un pays connu pour son instabilité politique, c’est un élément important.
Petite anecdote : le dernier gouvernement à avoir duré aussi longtemps était celui de Silvio Berlusconi en 2005.
Elle a également réussi à transformer son image internationale. Alors qu’elle était considérée comme une dirigeante de droite radicale, voire néofasciste, et assez eurosceptique avant sa prise de pouvoir, elle a adopté une politique plus pragmatique avec l’Union européenne et s’est montrée clairement atlantiste et favorable à l’Ukraine.
Nous verrons néanmoins plus tard que la stabilité politique n’équivaut pas forcément à la stabilité sociale.
2. Économie : stabilité plutôt que transformation
Bilan global : une stabilité économique, mais une croissance faible et une amélioration décevante du niveau de vie.
Depuis son accession au poste de Première ministre en octobre 2022, Giorgia Meloni a présidé à une économie italienne relativement résiliente, sans toutefois parvenir à résoudre en profondeur ses problèmes structurels de longue date.
Croissance économique : une performance modeste
L’Italie a évité une récession prolongée, mais la croissance a nettement ralenti après la reprise post-pandémie. Le PIB a progressé d’environ 0,7 % en 2023, 1,1 % en 2024 et 0,6 % en 2025. Selon les prévisions du gouvernement en octobre 2026, la croissance devrait atteindre 1 % pour l’année 2026.
Si l’économie est restée stable, elle n’a connu aucune accélération significative.
Inflation et niveau de vie : un tableau contrasté
Après le choc des prix de l’énergie de 2022-2023, l’inflation a fortement reculé, pour atteindre une moyenne annuelle d’environ 1 % en 2024. Toutefois, ce ralentissement de l’inflation n’a pas permis d’effacer les hausses de prix enregistrées précédemment.
Début 2025, les salaires réels demeuraient nettement inférieurs à leurs niveaux d’avant la crise. Les baisses d’impôts mises en œuvre par le gouvernement ont profité à certains travailleurs, mais de nombreux ménages continuent de subir le poids du coût de la vie.
Emploi : un succès relatif
L’emploi a atteint des niveaux records, tandis que le chômage est tombé à des taux historiquement bas pour l’Italie. Les allègements fiscaux et la résilience du marché du travail ont soutenu les travailleurs ainsi que la consommation.
Néanmoins, le taux d’activité global reste relativement faible en Italie — en particulier chez les femmes et les jeunes — et des disparités régionales importantes persistent.
Finances publiques : un déficit en baisse, une dette qui reste élevée
Le déficit budgétaire est passé de 7,4 % du PIB en 2023 à environ 3,1 % en 2025. Cette évolution reflète une politique de rigueur budgétaire, la fin des mesures de soutien d’urgence et la réduction des incitations coûteuses à la rénovation immobilière. Néanmoins, la dette publique se maintient aux alentours de 137 % du PIB et devrait encore augmenter. Le coût élevé du service de la dette limite la capacité du gouvernement à investir dans les services publics et à stimuler la croissance.
Investissement et industrie : des opportunités, mais une transformation limitée
Les fonds de relance de l’UE ont soutenu les infrastructures, le secteur de la construction et l’investissement. Toutefois, le secteur industriel italien a dû faire face à une demande faible, tandis que la croissance de la productivité reste atone.
Le gouvernement a poursuivi la mise en œuvre du plan de relance européen, mais n’a pas encore démontré une amélioration durable de la compétitivité de l’Italie.
Des problèmes structurels persistants
L’Italie continue de faire face à trois défis majeurs à long terme :
– Une faible productivité et des salaires stagnants, qui freinent l’amélioration du niveau de vie.
– Un vieillissement de la population, qui accroît la pression sur les systèmes de retraite et de santé.
– Le fossé entre le Nord et le Sud, marqué par des disparités persistantes en matière d’emploi, d’infrastructures et d’opportunités économiques.
Ces problèmes préexistaient à l’arrivée de Giorgia Meloni, mais son gouvernement n’a réalisé que des progrès limités pour les résoudre.
3. Les grandes réformes promises n’ont pas totalement abouti
C’est l’une des principales critiques faites à son gouvernement.
Meloni avait promis des transformations en profondeur en 2022.
Mais plusieurs projets majeurs ont échoué ou sont restés inachevés :
- Réforme de la justice → rejetée par référendum en 2026 ;
- Élection directe du Premier ministre (« Premierato ») bloquée ;
- Autonomie régionale fortement restreinte par la Cour constitutionnelle ;
- Pas de grande réforme structurelle des retraites ;
- Baisse massive des impôts beaucoup plus limitée que promis.
4. Immigration : baisse importante des arrivées
C’était l’une de ses grandes promesses avant son élection.
Les arrivées irrégulières par la Méditerranée ont fortement diminué après le pic de 2023.
Meloni a notamment mis en place :
- Des accords avec des pays d’Afrique du Nord ;
- Un durcissement du droit d’asile, rendant plus difficile l’immigration sur le sol italien ;
- Une lutte contre les passeurs ;
- Des accords de rapatriement ;
- Des centres en Albanie.
Le gouvernement considère cette politique comme l’un de ses succès majeurs.
Un bilan controversé
Le projet des centres en Albanie a rencontré d’importants obstacles juridiques et a été largement réorienté par rapport au projet initial.
Plusieurs organisations de défense des droits humains dénoncent également les restrictions concernant l’asile et les droits des migrants.
5. Démocratie et libertés publiques
L’Italie reste une démocratie pluraliste.
Les élections ont lieu, l’opposition existe, les tribunaux fonctionnent et la Cour constitutionnelle a, à plusieurs reprises, bloqué ou limité des mesures du gouvernement.
Mais il existe tout de même des inquiétudes concernant :
- Les médias publics, comme la RAI ; des journalistes ont fait grève en 2024 pour dénoncer ce qu’ils considéraient comme une politique étouffante ;
- La pression sur certains journalistes ;
- Les lois sécuritaires : désormais, une manifestation ou une protestation sur une route peut entraîner des sanctions pénales plus lourdes qu’auparavant ;
- La liberté de manifestation ;
- Les rapports entre le gouvernement et la justice.
Human Rights Watch estime notamment que certaines dispositions sécuritaires adoptées sous Meloni ont suscité de sérieuses critiques concernant les libertés d’expression et d’association.
Par exemple, le classement de l’Italie a fortement reculé, jusqu’à atteindre la 56e place dans le classement annuel de Reporters sans frontières.
Mais, encore une fois, il faut nuancer notre propos : l’Italie occupe cette place dans ce classement notamment en raison des procédures-bâillons et de la mafia. Meloni n’est donc pas la seule responsable de cette 56e place.
6. Instabilité politique et sociale : les limites du modèle Meloni
Malgré la stabilité institutionnelle de son gouvernement, Giorgia Meloni fait face à une montée des tensions sociales. En octobre 2026, des manifestations et des affrontements dans plusieurs villes italiennes ont révélé le mécontentement lié au coût de la vie, à la stagnation des salaires, à la crise du logement, à la précarité des jeunes et aux difficultés des services publics.
Ces tensions résultent de problèmes structurels antérieurs à son arrivée au pouvoir en 2022. Toutefois, le décalage entre ses promesses économiques et les conditions de vie d’une partie de la population fragilise son bilan. La progression de l’emploi n’a pas suffi à répondre aux préoccupations relatives au pouvoir d’achat et aux perspectives d’avenir.
Face aux violences, le gouvernement a annoncé des renforts policiers et un durcissement des sanctions. Si la protection de l’ordre public est légitime, une approche principalement répressive risque d’aggraver la défiance envers les institutions si elle ne s’accompagne pas de réponses économiques et sociales. Le respect du droit de manifester pacifiquement demeure essentiel.
Les élections de 2027 permettront d’évaluer la capacité de Meloni à transformer la stabilité gouvernementale en améliorations concrètes. Son principal défi sera de répondre aux difficultés sociales sans compromettre l’image d’autorité et d’efficacité sur laquelle repose une partie de sa légitimité.
Élections de 2027 : Meloni concurrencée sur sa droite
Giorgia Meloni doit également faire face à Roberto Vannacci, ancien général ayant fondé Futuro Nazionale en février 2026 après sa rupture avec la Ligue de Matteo Salvini.
Vannacci défend une ligne nationaliste plus radicale, prônant notamment la « remigration », une politique migratoire plus stricte, une opposition à l’intégration européenne accrue et davantage de scepticisme envers le soutien militaire à l’Ukraine. Il accuse Meloni d’avoir modéré ses positions depuis son arrivée au pouvoir.
Cette concurrence met en évidence le dilemme de Meloni : concilier ses origines politiques radicales avec les exigences du gouvernement et ses relations avec l’Union européenne et les États-Unis. Selon les sondages cités dans le texte, Futuro Nazionale recueillerait environ 7 % des intentions de vote, un résultat susceptible de fragmenter davantage la droite.
Les alliances seront déterminantes en 2027. Meloni devra préserver l’unité de son camp sans compromettre sa crédibilité internationale par un rapprochement avec Vannacci. Le scrutin décidera ainsi non seulement de son avenir politique, mais aussi de l’orientation de la droite italienne entre pragmatisme gouvernemental et nationalisme radical.
7. Droits des femmes : bilan plus contrasté
Malgré les craintes concernant les droits des femmes en Italie à l’arrivée de Meloni, le résultat est plus contrasté.
Son gouvernement a :
- Renforcé certaines aides aux mères ;
- Développé les dispositifs en faveur de l’emploi féminin ;
- Amélioré certains congés parentaux ;
- Renforcé les sanctions contre les violences ;
- Créé le crime spécifique de féminicide.
En 2026, le gouvernement continue notamment à subventionner l’embauche de femmes en situation défavorisée.
Mais l’Italie conserve un énorme retard en matière d’emploi des femmes et d’égalité professionnelle.
Avortement
Meloni n’a pas supprimé le droit à l’IVG.
La loi 194 reste en vigueur.
Mais son gouvernement a favorisé l’intervention d’associations pro-vie dans certains centres de consultation, ce qui a provoqué des critiques.
L’objection de conscience continue également de rendre l’accès à l’IVG difficile dans certaines régions, ce qui était déjà le cas avant l’élection de la présidente de Fratelli d’Italia.
8. Famille et natalité : priorité politique, résultats décevants
C’est un axe majeur de la politique de Meloni qui s’est révélé être plus ou moins un échec.
Elle a développé :
- Des aides à la naissance ;
- Un soutien aux familles et une aide financière aux mères qui travaillent ;
- Un bonus crèche pouvant atteindre 3 600 euros pour certaines familles remplissant les conditions ;
- Des congés parentaux ;
- Des avantages fiscaux pour les parents ;
- Des mesures destinées aux mères qui travaillent.
Mais le résultat démographique reste très préoccupant, avec un taux de fécondité de 1,14 enfant par femme en 2025, contre 1,18 en 2024.
En résumé
Malgré les moyens mis en place et la volonté d’inverser la tendance, Meloni n’a pas réussi à atteindre cet objectif.
La partie sur la natalité en Italie mériterait un article à elle seule.
9. Europe et politique étrangère : une grande surprise
C’est un élément important de son bilan.
Meloni avait suscité beaucoup d’inquiétudes en Europe avant son arrivée au pouvoir.
Finalement, elle a :
- Maintenu l’Italie dans le camp occidental au lieu de se rapprocher de la Russie comme certains le redoutait ;
- Soutenu l’Ukraine ;
- Travaillé avec les institutions européennes ;
- Participé au fonctionnement du Plan National de Relance et de Résilience (PNRR) ;
- Adopté une ligne économique relativement prudente.
Malgré une position plutôt eurosceptique de Fratelli d’Italia et de la Lega, le pragmatisme italien est passé avant les idées.
Conclusion
Giorgia Meloni n’a pas transformé en profondeur la société et la politique italiennes, malgré certaines tentatives.
Elle a stabilisé un État qui était connu pour ses troubles politiques et ses gouvernements qui ne dépassaient pas les 1 000 jours, ainsi que le retour de l’emploi dans le pays, mais avec une croissance encore faible.
Elle était considérée par beaucoup comme une nostalgique du fascisme italien. Cependant, l’Italie reste une démocratie avec une opposition qui existe.
Son atlantisme n’empêche pas certaines déclarations critiquant des mesures prises par Israël en Cisjordanie. Elle a également condamné les violences commises par des colons israéliens.
Actuellement, 36 % des personnes ont une opinion positive du gouvernement Meloni, contre 59 % qui en ont une opinion négative. Cela peut s’expliquer par plusieurs raisons, comme la situation économique ou le fait que le peuple italien ne ressente pas d’amélioration concrète dans son quotidien. Les services publics connaissent toujours les mêmes problèmes qu’avant son mandat.
Plusieurs promesses faites en 2022 ont été bloquées ou rejetées. Mais il faut apporter une nuance : elle dispose encore d’un électorat solide.
Des élections auront normalement lieu en 2027. Nous suivrons ces événements de près afin de vous informer sur la situation dans la péninsule italienne.
