C’est dans la ville d’Aubervilliers, dans les années 1920, en région parisienne, qu’un couple particulier vient s’installer pour entreprendre ses travaux scientifiques. Plus précisément, c’est au Fort d’Aubervilliers, un lieu historique, isolé et suffisamment vaste pour concevoir des expériences hors du commun, que le couple Joliot-Curie voit l’endroit idéal pour poursuivre ses recherches et ses projets scientifiques.
Qui sont les Joliot-Curie ?
Jeunes, motivés et passionnés, Irène et Frédéric Joliot-Curie sont un couple français de physiciens et de chimistes, également impliqués dans la vie politique. Ils reçoivent le prix Nobel de chimie en 1935, après avoir découvert en 1934 ce qu’ils appelleront la radioactivité artificielle. Irène Curie, fille aînée de Pierre et Marie Curie, et Frédéric Joliot, assistant de Marie Curie à l’Institut du Radium, se marient en 1926, avant d’entreprendre ensemble des projets scientifiques qui contribueront à leur réussite. En parallèle de leurs activités respectives, Irène Joliot-Curie devient l’une des premières femmes à participer au gouvernement français en 1936, en tant que sous-secrétaire d’État à la Recherche scientifique. Quant à Frédéric Joliot-Curie, il devient après la Seconde Guerre mondiale haut-commissaire à l’Énergie atomique et participe au développement des recherches nucléaires en France. Aujourd’hui, ce couple est connu sous l’appellation de «Joliot-Curie», un nom attribué à plusieurs écoles et établissements, notamment à Aubervilliers, une ville où ils ont entrepris plusieurs travaux scientifiques.
Entre 1920 et 1930, le couple vient effectuer des essais et des expériences sur le radium au Fort d’Aubervilliers. C’est pendant cette période qu’ils se marient, en 1926. C’est plus tard, en 1934, à Paris, qu’ils réalisent des recherches décisives qui les mèneront à la découverte de la radioactivité artificielle.
Mondialement reconnue, leur découverte permet aujourd’hui d’améliorer et d’élargir les domaines médicaux, de la recherche et de l’industrie. Celle-ci, permettant de créer artificiellement des éléments radioactifs, peut notamment servir à mieux comprendre le fonctionnement des organes, à traiter certaines tumeurs grâce à la radiothérapie ou encore à stériliser du matériel médical. Le travail de Pierre et Marie Curie se voit ainsi donner une nouvelle « variante » avec leur fille aînée et leur gendre, qui poursuivent à leur manière les recherches sur la radioactivité.
Pourquoi s’installer à Aubervilliers, et de là dans son fort, pour expérimenter ?
Le Fort d’Aubervilliers est à l’origine une fortification construite entre 1843 et 1846 dans l’ambition de protéger la capitale, Paris. Sa construction est ordonnée par Adolphe Thiers afin de contrôler notamment la route de Flandre (RN2). Le fort connaît de nombreuses périodes au cours de son histoire, notamment l’occupation prussienne pendant la guerre de 1870. Pendant la Première Guerre mondiale, le fort sert notamment à la production d’obus asphyxiants. Après la guerre, ce bâtiment conserve ses fonctions militaires et accueille différentes zones de casernement. Entre autres, malgré les différentes zones occupées pour des missions bien particulières, certaines restent dédiées aux essais et aux recherches scientifiques. Tout juste sortis d’une guerre particulièrement meurtrière, c’est dans ce contexte que notre jeune couple va venir y effectuer des recherches minutieuses et des manipulations sensibles. Ce bâtiment présente des caractéristiques telles que la discrétion et bénéficie d’un certain isolement grâce à ses espaces fortifiés et militaires. Ces critères permettent au couple Joliot-Curie de travailler dans des espaces suffisamment grands et isolés.
C’est à travers chaque pierre du Fort d’Aubervilliers que l’histoire a laissé son empreinte. Dans ce bâtiment, les caractéristiques favorisant les recherches et les essais scientifiques s’ajoutent à sa proximité avec Paris. Il est donc facile de faire remonter les résultats obtenus aux instituts spécialisés dans le domaine, présents dans la capitale. L’endroit apparaît ainsi comme un lieu idéal pour travailler, à la fois suffisamment éloigné pour permettre certaines expérimentations et suffisamment proche de Paris pour assurer le lien avec les institutions scientifiques.
Quelles traces les Joliot-Curie ont-ils laissées derrière eux ?
Aujourd’hui, on parle beaucoup d’archives et de retracer l’histoire. Administrativement, il est clair que la présence des Joliot-Curie est traçable et encore visible actuellement dans les archives d’Aubervilliers. Il reste également au Fort des traces de radioactivité, mais celles-ci ne peuvent pas être attribuées uniquement aux travaux des deux physiciens. Elles sont également liées aux différentes activités et recherches scientifiques et militaires menées sur le site au cours de son histoire. Puisque les recherches et les essais n’ont été effectués que dans certaines zones du Fort, l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) indique que certaines zones, notamment les eaux souterraines, peuvent potentiellement présenter des traces de radioactivité. Cependant, cela ne signifie pas que l’ensemble du Fort est radioactif, ni qu’il représente nécessairement un danger. L’ASN (Autorité de sûreté nucléaire), dans son rapport de 2024, mentionne également le Fort d’Aubervilliers parmi les sites et sols pollués radiologiquement faisant l’objet d’un suivi.
À ce jour, il n’existe pas de traces plus concrètes permettant d’identifier directement les expériences des Joliot-Curie, comme des instruments de laboratoire, des échantillons de radium ou encore du matériel scientifique leur ayant appartenu. Cependant, les traces administratives et historiques permettent bien d’attester de leur présence et de leurs travaux au Fort d’Aubervilliers. Leur venue reste néanmoins gravée dans la mémoire des Albertivillariens, faisant du Fort un lieu où se croisent histoire militaire, histoire scientifique et mémoire locale.
